Un appel à la responsabilisation : lettre ouverte sur les soins périnataux

28 mai 2026

Partout au Québec, les familles font face à une incertitude croissante quant à l’accès aux services de maternité. Les fermetures de cliniques d’obstétrique, les projets de centres de naissance laissé au point mort, les disparités régionales et les pénuries de personnel persistantes contraignent de plus en plus de familles, à se déplacer loin de chez elles ou à composer avec des options de plus en plus limitées pendant leur grossesse.

Publiée récemment dans La Tribune , la lettre ouverte suivante de Sarah Landry, coordonnatrice du Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement (MAE), soutient que ces problèmes récurrents ne sont pas seulement le résultat d’obstacles logistiques ou financiers : ils témoignent d’un manque plus profond d’engagement politique envers les soins périnataux au Québec. En parallèle, elle met de l’avant des solutions rentables que les familles et les professionnel·les défendent depuis des années.

 Ci-dessous, Mme Landry dresse un portrait de l’état actuel des services d’accouchement au Québec et explique pourquoi des mesures concrètes ne peuvent plus attendre.

Lettre ouverte — Des innovations en santé, mais pas pour les naissances

Par Sarah Landry, coordonnatrice générale du Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement (MAE)

Des cliniques d’obstétrique qui ferment à Châteauguay, à Victoriaville, à SaintEustache, à Québec.

L’Unité famille-naissance de l’hôpital Notre-Dame, qui représentait des investissements publics de 25 M$, abandonnée quelques mois après son ouverture.

Pas de soins en obstétrique en région pendant la période estivale, notamment à Témiscouata-sur-le-Lac, deux étés de suite. On ne prévoit pas d’amélioration en 2026.

Le développement de la gamme complète des services nécessaires à donner la vie est mis sur pause depuis des années, à Laval, à Longueuil, à Sept-Îles, à Salaberry-de-Valleyfield, à Pointe-Saint-Charles, aux Îles-de-la-Madeleine.

C’est sans compter les fermetures forcées et soudaines de services déjà en place, comme à Lévis en janvier dernier.

À chaque fois, c’est le même discours : manque de personnel, bâtiment non adapté, frais trop élevés, budget insuffisant, etc.

Mais à chaque fois, c’est surtout un manque de volonté politique qui est en cause.

Les familles touchées apprennent la nouvelle dans les médias. Et on n’a rien d’autre à leur dire que de se trouver un autre endroit pour accoucher. Plus loin. Dans un hôpital déjà débordé.

Pendant ce temps, des solutions appréciées des parents existent, mais sont écartées systématiquement.

Par exemple, on sait que les maisons de naissance réduisent les interventions médicales inutiles. Elles coûtent moins cher au système en allégeant les trajectoires de soins. De la même façon, les sages-femmes peuvent suivre une grossesse du début à la fin et accompagner l’accouchement à la maison, en toute sécurité dans la très forte majorité des cas.

Les communautés, les familles et les sages-femmes ont déjà fait le travail : on connaît bien la recette pour ouvrir des lieux de naissance hors des hôpitaux.

De même, les récents états généraux sur la pratique sage-femme ont proposé des pistes concrètes pour en former et en retenir davantage.

Mais l’argent nécessaire à tout ça, lui, n’arrive jamais.

Comment expliquer qu’on laisse tomber ces solutions ?

Voici une question qui mérite une vraie réponse. On nous parle depuis des années de soins et d’hospitalisation à domicile. On nous explique que c’est plus humain, plus efficace, moins coûteux, que ça désengorge les hôpitaux. On investit. On en fait la promotion. Très bien.

Mais quand il s’agit de donner naissance, ce raisonnement disparaît ?

L’accouchement à domicile ou en maison de naissance, c’est pourtant exactement ça. C’est un soin efficace, humain et sécuritaire. Ça coûte moins cher. Et ça répond à ce que plusieurs familles demandent.

Pour que cette option soit vraiment accessible, il faut trois choses : assez de sages-femmes, des services partout sur le territoire, et des règles adaptées qui reconnaissent pleinement les façons alternatives d’accoucher. Trois conditions que le Québec refuse toujours de réunir.

Vingt-sept ans après la légalisation de la pratique sage-femme, on n’y est pas. En 2008, le gouvernement s’était engagé à ce que 10 % des suivis de grossesse soient faits par des sages-femmes d’ici 2018. En 2025, on était à 5,3 %. La moitié du chemin.

Doit-on comprendre que l’accouchement n’est pas un vrai soin aux yeux de l’État ? Que ce moment — l’un des plus importants d’une vie — ne mérite pas le même effort, la même volonté, la même imagination qu’on met ailleurs dans le réseau ?

Chaque mois qui passe équivaut à des grossesses mal suivies qui s’accumulent, à de nouvelles familles obligées de quitter leur région pour accoucher, à des sages-femmes épuisées qui quittent la profession et à des maisons de naissance qui ferment avant même d’avoir ouvert.

Le statu quo est un choix. Il est temps d’en faire un autre.

La lettre de Sarah soulève une question cruciale : pourquoi les services de maternité continuent-ils d’être relégués au second plan dans le système de santé québécois, malgré les besoins croissants des familles ?

Alors que les fermetures se poursuivent et que les inégalités régionales s’accentuent, les solutions proposées ne sont pas nouvelles. Les soins dispensés par les sages-femmes, les maisons de naissance, l’élargissement des services communautaires et autres initiatives similaires sont depuis longtemps reconnus comme des modèles de soins sûrs et durables. Nos communautés, des professionnel·les de la santé aux familles en passant par les groupes de défense des droits périnataux, ont déjà accompli une grande partie du travail nécessaire pour identifier ce qui doit changer. Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est la volonté politique d’investir dans ces services à l’échelle du Québec, afin que toutes les familles puissent vivre l’accouchement en toute autonomie et en toute sécurité.

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