Les 7 et 8 février, à l’Espace Rodier à Montréal, s’est tenu notre Grand Rassemblement, marquant un moment charnière pour la défense des droits périnataux à travers le Québec.
Pendant deux jours, les participant·e·s ont été plongé·e·s au cœur des réalités périnatales actuelles et ont réfléchi ensemble aux actions à entreprendre pour l’avenir. Présentations informatives, ateliers collaboratifs et présentation de la Théorie du changement du Mouvement ont fourni le cadre nécessaire pour transformer les expériences vécues en orientations collectives.
Au terme de ce moment, les besoins identifiés pendant la tournée, les impacts visés et les principales solutions envisagées étaient clairement définies. Ces échanges façonneront le travail du Mouvement pour les années à venir. Voici un aperçu plus détaillé de la manière dont cette orientation a pris forme.
Une salle à l’image du Mouvement
Pour Sarah Landry, coordonnatrice générale du Mouvement, l’un des moments les plus marquants n’a pas été un atelier ou une conférence en particulier, mais simplement les personnes présentes dans la salle. « Voir toutes ces personnes réunies, la diversité de leurs parcours et leur désir commun de transformer la culture de la naissance, d’améliorer à la fois l’accès et la qualité des soins et des services périnataux m’a profondément émue », confie-t-elle.
Le rassemblement a réuni des personnes ayant vécu des accouchements difficiles, des représentant·e·s d’organisations régionales, des sages-femmes et des doulas, des chercheur·e·s, des militant·e·s de longue date et de nouvelles venues désireuses de mieux comprendre le travail du Mouvement. Différents niveaux de discussions ont eu lieu: Certain·e·s ont fait valoir l’importance de porter plainte quant aux ratés du système, tandis qu’à d’autres moments nous avons transposé cette compréhension des besoins en solutions à porter pour regarder vers l’avant.
Tous·tes partageaient néanmoins un même élan : lutter concrètement contre la violence obstétricale et défendre les droits des personnes enceintes pendant la grossesse et le post-partum. C’est cette diversité qui a donné au week-end à la fois son ton et sa direction.
Quand l’indignation devient une stratégie collective
Le Grand Rassemblement a été structuré autour de l’indignation collective face aux inégalités périnatales. Mais l’intention était de canaliser cette colère, et non de la laisser prendre le dessus.
Les participant·e·s ont revisité·e·s les mêmes réalités documentées lors de la tournée régionale du Mouvement l’année dernière :
– Accès inégal aux services
– Culture de l’accouchement centrée sur l’hôpital
– Informations contradictoires ou incohérentes
– Lacunes dans l’allocation des ressources
Des ateliers thématiques ont permis de réfléchir collectivement à des pistes de réponse. « Ensemble, nous avons cerné les principales actions susceptibles d’améliorer l’expérience des personnes et de transformer la culture de la naissance », explique Sarah. « En tant que coordinatrice générale, voir émerger comme priorités les idées discutées ces derniers mois me confirme que nos réflexions vont dans le bon sens. »
Pour Kate Vineberg, participante à l’un des ateliers, la distinction entre la frustration individuelle et le pouvoir collectif est devenue évidente. « La colère est utile : elle nous pousse à aller de l’avant, à faire entendre notre voix, à bousculer ce qui ne fonctionne pas. Mais la colère seule ne suffit pas à faire bouger les systèmes. Nous avons besoin d’une action collective, d’une pression exercée de toutes parts, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de l’ignorer. »
Un cadre pour agir : la Théorie du changement du Mouvement
La présentation de la Théorie du changement du Mouvement a constitué un moment fort du week-end. Plutôt que d’être exposée sous forme de diagramme technique ou de présentation conventionnelle, elle a été partagée comme un récit ancré dans l’expérience vécue.
« La théorie du changement a été présentée sous forme narrative afin d’illustrer les réalités des personnes avec lesquelles nous travaillons et de celles avec lesquelles nous aimerions travailler davantage », explique Sarah.
Pour certain·e·s participant·e·s, les échanges ont permis d’approfondir leur compréhension. « Au départ, je n’ai pas tout saisi », admet Josianne Nault. « Les anecdotes étaient parlantes, mais le lien avec la théorie n’est devenu clair qu’après en avoir discuté avec les organisatrices. »
D’autres ont trouvé leur ancrage une fois la structure exposée. « La présentation de la théorie du changement — et les affiches exposées dans la salle — ont clarifié l’orientation future du Mouvement », a déclaré Tania Bond, présidente du conseil d’administration. « Ces discussions ont permis d’approfondir la compréhension de ce que le Mouvement représente tant pour ses membres que pour la communauté dans son ensemble. »
Kate, quant à elle, a décrit ce qui a commencé à prendre forme pour elle au fil du week-end : « Ce qui se dessine, c’est une stratégie à court et à long terme : 1 an, 5 ans et au-delà. »
Le cadre a fourni un point de référence commun, permettant aux participant·e·s d’évaluer les actions urgentes et réalisables, et surtout, leur adéquation avec les objectifs plus larges du Mouvement.
De la conversation à l’action
Les ateliers du rassemblement ont été conçus pour dépasser la simple discussion ouverte. Les participant·e·s ont circulé entre les tables organisées autour de questions clés, examinant les actions proposées sous différents angles et évaluant leur impact potentiel et leur faisabilité.
« La structure des trois tables, chacune articulée autour d’une question centrale, a été particulièrement efficace », se souvient Kate. « Elle nous a permis d’envisager différentes perspectives, de mesurer l’impact des actions envisagées et d’évaluer leur portée pour les personnes directement concernées. Elle a encouragé une réflexion en profondeur et sous plusieurs angles, plutôt qu’une discussion réactive. »
Au cours des ateliers, plusieurs priorités ont émergées clairement :
– Informer les futurs parents de toutes les options disponibles en matière de prestations de soins prénataux et de lieux d’accouchement
– Transformer la perception dominante de l’accouchement centrée sur l’hôpital
– Améliorer la documentation et l’allocation des ressources en matière de santé reproductive
– Outiller les professionnel·les de la santé pour renforcer l’autonomie des personnes qui donnent naissance et leur capacité à soutenir des décisions éclairées
– Amplifier la voix des personnes les plus directement concernées
Pour la participante Kim Couture, « les outils de sensibilisation et d’éducation populaire visant à soutenir l’organisation des voix des femmes et des personnes qui accouchent » constituent l’un des objectifs les plus urgents.
Geneviève Dessureault quant à elle, explique qu’il est essentiel d’influencer la culture générale entourant les soins périnataux. Elle a décrit le Grand Rassemblement comme « une bouffée d’air frais inspirante » qui lui a donné « envie d’agir ».
Kate a souligné la nécessité de mettre à jour le site web Ma Grossesse et de donner plus de responsabilité aux prestataires de soins périnataux quant à l’effet des soins sur les personnes qui les vivent, comme étant certaines des initiatives les plus importantes et les plus réalisables à court terme.
Certaines participantes ont exprimé le besoin d’une facilitation plus structurée ou de davantage de temps pour formuler leurs demandes. Mais même ces observations convergeaient vers une conclusion commune : il est impératif de passer à l’action.
« Ces projets ont été discutés à maintes reprises », déclare Barbara Finck-Beccafico, présidente de l’Association des doulas du Québec. « Il est maintenant temps de les mettre en œuvre. »
Renforcer la cohésion à la grandeur du Québec
Au-delà de la clarification des priorités, le Grand Rassemblement a contribué à renforcer la cohésion au sein de l’écosystème québécois de défense des droits périnataux. « Il y a eu d’excellents échanges », se réjouit Sarah. « Les gens se sont rencontrés, ont pu constater la passion et l’expérience des autres, et ont partagé leurs réussites et leurs défis. C’est en soi un résultat positif. »
Tania Bond dit être repartie avec « des idées stratégiques concrètes pour défendre les droits prénataux » ainsi qu’une meilleure compréhension de la manière dont son engagement renforce la défense à l’échelle de la province.
De même, Élise Dagenais, coordonnatrice de projet, note que même si les retombées immédiates sont encore en cours d’évaluation, le Grand Rassemblement « a incontestablement renforcé la cohésion etun fort sentiment d’appartenance parmi les participant·e·s ».
Kate a souligné le rôle central du Mouvement en tant qu’organisation représentant une voix commune, capable de rassembler les parties prenantes autour d’un terrain d’entente sans dupliquer les efforts. « Cette harmonisation me donne de l’espoir », dit-elle.
Ce qui nous attend
Le Grand Rassemblement ne s’est pas terminé par de grandes déclarations symboliques. Il s’est plutôt conclu en mettant en lumière des solutions concrètes, ainsi que par un engagement renouvelé à agir au sein de la communauté.
Pour Sarah, le pouvoir est désormais entre les mains des citoyennes et citoyens. « Ce qui me motive, c’est la détermination des personnes présentes à changer les choses. Les problèmes identifiés lors de la tournée semblent représentatifs des réalités vécues », explique-t-elle. « Les solutions proposées paraissent suffisamment ancrées dans notre écosystème, tout en ouvrant la voie à des collaborations qui permettront d’amplifier notre impact. »
Ce moment collaboratif a démontré que l’expérience vécue n’est pas séparée de la stratégie. Au contraire, elle en est le fondement. La prochaine étape sera celle du passage à l’action : développer des outils, renforcer les efforts de plaidoyer, mobiliser les membres et veiller à ce que les priorités identifiées se traduisent en changements tangibles. Le Grand Rassemblement a marqué le passage de la conversation à la coordination, et la suite déterminera comment cet élan commun contribuera à transformer les soins périnataux au Québec.