Perspectives de terrain : ce que nous avons appris en visitant les familles à travers le Québec

23 juin 2025

Au cours des derniers mois, le Mouvement a entrepris une tournée des régions pour y rencontrer les familles, les groupes citoyens qui militent pour des services de sages-femmes et les organismes périnataux du Québec. De la Côte-Nord à Montréal, en passant par Québec, Lévis et Chicoutimi, notre objectif était de mieux comprendre les réalités vécues par les familles et les services de sage-femme dans chaque région.

Cette tournée a confirmé une réalité que nous pressentions, mais avec une force nouvelle : en matière d’autonomie durant la grossesse et l’enfantement, la géographie est déterminante. L’accès aux soins de sages-femmes, la qualité des services et la connaissance des droits et des différentes options varient drastiquement d’une région à l’autre. Ce qui unit pourtant ces territoires, c’est l’engagement remarquable des familles, des sages-femmes et des militant·es pour protéger et élargir les options de naissance dans leurs communautés. Les témoignages recueillis guideront désormais notre travail de plaidoyer et l’élaboration de notre futur cahier d’orientation.

Côte-Nord

À Sept-Îles, où aucun service de sage-femme n’existe, Le Mouvement a rencontré les organisateurs communautaires de l’organisme périnatal À la Source Sept-Îles et Port-Cartier qui soutiennent le groupe citoyen Entre mer et naissance. Leur travail comble des lacunes criantes dans la région en offrant soutien périnatal, services parentaux et hébergement temporaire aux familles contraintes de parcourir de longues distances pour recevoir des soins. Cette visite a révélé avec force que la région fait face à des défaillances systémiques de services, à un manque flagrant d’options en matière d’accès des soins durant la période périgrossesse et à l’absence de reconnaissance des accompagnant·e·s à la naissance. Les familles de la Côte-Nord vivent un stress considérable durant la période périnatale, amplifié par des services fragmentés et les distances importantes à franchir en cas d’urgence.

Ce qui nous a le plus frappés, ce n’est pas seulement l’ampleur des lacunes, mais le fait qu’elles soient devenues la norme. La question d’un participant continue de résonner en nous : « Comment est-il possible que tant de personnes soient indignées par cette situation… sans qu’il y ait d’indignation collective ? » Pour l’avenir, nous prévoyons de documenter ces défaillances de manière plus systématique, d’amplifier les voix sur les réseaux sociaux et d’explorer des stratégies de dénonciation collective pour combattre ces injustices.

Québec

À Québec, nous avons échangé avec le comité de parents de la Maison de naissance de la Capitale Nationale. Bien que cette rencontre se soit déroulée à l’extérieur des installations, les discussions se sont révélées particulièrement éclairantes. Une préoccupation majeure a émergé : la perte du suivi par une sage-femme en cas de complications ou de transfert vers l’hôpital.

Les familles ont aussi exprimé leur frustration devant le manque d’informations accessibles durant la grossesse et la période post-partum. Trop souvent dirigées vers le guide gouvernemental Mieux vivre, elles constatent que celui-ci néglige des sujets cruciaux comme le contact peau à peau ou les enjeux de santé mentale. Ce manque de ressources diversifiées et nuancées place les personnes enceintes dans des situations difficiles : par crainte qu’un diagnostic (un diabète de grossesse par exemple) mène à une exclusion du suivi sage-femme, certaines choisissent de refuser des tests. Ce n’est pas une décision éclairée, mais une stratégie de préservation face à un système qui médicalise rapidement et fragmente les soins. Le problème central est aussi bien l’accès aux soins que la peur et le manque d’information. Le Mouvement prévoit donc organiser des ateliers sur les droits durant l’accouchement, tout en poursuivant sa militance pour l’ouverture d’un deuxième service de sages-femmes dans la région.

Lévis

À Lévis, Le Mouvement a échangé avec des membres du comité de parents de la Maison de naissance Mimosa. Cette rencontre a révélé à la fois la force du suivi par les sages-femmes et la vulnérabilité des systèmes qui l’encadrent. Bien que plusieurs aient souligné la relation de confiance développée avec leurs sages-femmes, ils ont aussi évoqué la hausse des transferts hospitaliers et les lacunes de communication entre prestataires. Ces défaillances génèrent du stress, en plus de faire face au jugement de l’entourage pour avoir choisi un suivi sage-femme, particulièrement pour celles qui optent pour un enfantement en maison de naissance.

Un moment particulièrement éclairant a émergé lorsqu’une intervenante périnatale a partagé son observation : certaines personnes refusent parfois de revendiquer, voire même de connaître leurs droits. Selon elle, cela pourrait s’expliquer par un sentiment de loyauté envers leur médecin. Ce conflit interne entre respect de l’autorité médicale et besoins personnels illustre l’urgence de normaliser la défense de ses droits. Les participantes ont avancé plusieurs pistes d’action : utiliser les plans de naissance comme outils d’autonomisation, renforcer l’implication des coparents et clarifier le processus de plainte.

Laval

Comme la Côte-Nord, Laval ne dispose actuellement d’aucun service de sage-femme, une réalité qui a profondément marqué nos échanges avec les familles et militant·es locaux·ales. Notre rencontre s’est déroulée au Centre de ressources périnatales Mieux-Naître de Laval, où familles et défenseur·seuses se sont rassemblé·es pour discuter de l’urgence de cet accès. Plusieurs participant·es bénéficient déjà de soins dans des maisons de naissance extérieures à Laval, notamment à Blainville ou à Montréal, et ont témoigné du fardeau des déplacements, particulièrement pour les rendez-vous postnataux qui pourraient idéalement se dérouler à domicile.

Au-delà des enjeux logistiques, les témoignages ont dévoilé des problèmes plus profonds : options hospitalières limitées, environnements trop médicalisés et plans de naissance souvent ignorés. Une anecdote troublante a révélé l’utilisation continue, jusqu’à récemment, d’incisions verticales obsolètes pour les césariennes. Malgré ces défis, la réunion a vibré d’une énergie et d’un engagement remarquables. Les militant·es s’organisent autour du Projet Ensemble pour accueillir la vie (ENVIE), initiative collective visant à créer une maison de naissance qui centraliserait les services périnataux lavallois. Le Mouvement est reparti avec une urgence renouvelée : porter la situation de Laval au cœur du débat provincial sur l’équité des soins de naissance.

Chicoutimi

À Chicoutimi, nous avons visité la Maison de naissance du Fjord-au-Lac, qui soulignait son 10e anniversaire. Située directement en face de l’hôpital, elle jouit d’une accessibilité remarquable et s’intègre naturellement dans le paysage local. Cette proximité révèle toutefois les paradoxes du système de naissance québécois. Les accouchements à domicile demeurent rares dans la région, la proximité avec l’hôpital créant possiblement une illusion de sécurité qui détournerait certaines familles de cette option.

Alors que plusieurs participantes ont célébré leur expérience avec les sages-femmes ou avec les infirmières praticiennes, d’autres ont partagé des récits troublants : soins hospitaliers impersonnels et expéditifs, consentement éclairé difficile à obtenir, soutien à l’allaitement inadéquat. Une observation particulièrement marquante est venue d’une participante qui aurait souhaité recevoir des informations plus tôt, dès l’arrêt de sa contraception à la pharmacie. Cette visite nous a rappelé une vérité fondamentale : le choix éclairé ne débute pas pendant la grossesse. Il commence par une information accessible, bien avant l’entrée dans le système de santé.

Montréal

Notre dernière étape nous a menés à la Maison de naissance Marie-Paule Lanthier, dans le quartier Ahuntsic de Montréal. Plus d’une douzaine de personnes ont participé à cette rencontre, dont plusieurs qui découvraient l’existence du Mouvement, tout en étant impatientes de partager leurs expériences. Nombreuses sont celles qui ignoraient l’existence des services de sages-femmes lors de leur première grossesse et ont vécu des accouchements fortement médicalisés. Ce n’est qu’à leur deuxième grossesse qu’elles ont découvert les alternatives à leur disposition.

Un constat s’est imposé avec force : le manque de connaissances au sujet des maisons de naissance et du rôle des sages-femmes. Plusieurs ont évoqué la nécessité d’expliquer constamment ces services à leur entourage, souvent confrontées à des jugements ou des inquiétudes concernant leur sécurité. Une participante a souligné combien il était naturel, dans son pays d’origine, que les sages-femmes soient impliquées dans les soins périnataux réguliers, illustrant l’impact des références culturelles sur nos attentes. Bien qu’aucun défi structurel n’ait été signalé au centre même, les témoignages ont confirmé que le manque d’information, particulièrement en amont, demeure un frein majeur à l’autonomie.

Ce que nous avons entendu et la voie à suivre pour l’avenir

Dans toutes les régions visitées, un constat s’impose : les gens ne reçoivent pas les informations nécessaires pour faire des choix éclairés. Qu’il s’agisse des services de sages-femmes, des droits en matière de santé ou des réalités post-partum, ces connaissances demeurent inaccessibles ou inexistantes. Cette lacune nourrit l’anxiété, compromet le consentement éclairé et perpétue les inégalités systémiques.Le Mouvement s’appuiera sur les enseignements de cette tournée pour orienter la prochaine phase de son plaidoyer. Nous élaborons actuellement un nouveau document de planification stratégique qui reflétera la diversité des expériences partagées et établira des priorités claires pour un changement structurel. Le message que nous souhaitons transmettre est limpide : l’accès à des soins respectueux et éclairés ne devrait jamais dépendre du lieu de résidence. Pourtant, tant que cette réalité persistera, nous continuerons d’écouter, de nous organiser et de lutter pour la justice reproductive à travers tout le Québec.

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