La naissance d’une fleur

Par Marine

MarineM_naissancefleur

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Pourquoi je souhaite témoigner?
TW: Ce récit contient des passages pouvant heurter la sensibilité du lectorat. Prenez soin de vous avant tout. La nuit du 27 au 28 août 2021 (DPA le quatre septembre), chaque millimètre de mon corps a commencé à me démanger ! Impossible de ne pas me gratter. Cela m’a empêchée de dormir une partie de la nuit. Toute la fin de semaine, j’ai eu des démangeaisons incontrôlables, moins pires en journée car je m’occupais les mains et l’esprit au maximum, mais la nuit n’avait pas de bon sens. Dimanche matin, lors d’un appel virtuel avec ma maman qui vit en Belgique, je lui parle de cette sensation. Elle me dit qu’elle trouve cela inquiétant car elle a écouté une émission contant un vécu similaire où la femme a perdu son bébé dans son ventre à quelques jours du terme ! Autant dire que je panique tout en espérant que ce ne soit pas la même histoire et que je sois juste stressée à l’idée de l’enfantement qui approche… J’en parle à Tobie, le père du bébé, qui angoisse aussi. Je décide d’écrire à ma sage-femme. Celle-ci me conseille de prendre un bain d’avoine pour m’apaiser, de me crémer, me détendre… et me prescrit un examen sanguin à faire le jour-même, en urgence, pour écarter toute possibilité d’une « cholestase de grossesse ». Nous n’avons jamais entendu parler de cela… Direction internet pour savoir de quoi il s’agit (bonne ou mauvaise idée… ?) ! Et là, ce que nous lisons ne nous rassure pas ! On se met à attendre et espérer chaque mouvement de bébé et à éprouver un immense soulagement à chaque signe vital… Nous filons aux urgences de Baie-Saint-Paul, dimanche après-midi, pour faire les examens sanguins en question. Ils sont urgents, c’est écrit noir sur blanc… Mais, là, on nous dit qu’on n’aura pas tous les résultats avant plusieurs jours car certains (pour les sels biliaires, entre-autre) ne sont faits qu’à Québec et que les échantillons ne sont envoyés que deux fois par semaine pour analyse… Il faut savoir qu’à cette époque, nous restions aux Éboulements, dans Charlevoix. Mon suivi de grossesse se faisait à la maison de naissance de Chicoutimi mais nous n’avions pas fait deux heures de route pour une prise de sang en sachant qu’il y avait un hôpital à 20 minutes de chez nous… Lundi matin, comme on s’y attendait, nous n’obtenons pas tous les résultats. Ma sage-femme les attend avec impatience, autant que nous… Ne les ayant toujours pas dans l’après-midi, elle discute de mon cas avec la gynécologue de garde de l’hôpital de Chicoutimi. Celle-ci lui pose des questions concernant mon passé mais la sage-femme n’est pas capable de répondre à tout pour moi. La gynécologue et la sage-femme essayent donc de me rejoindre par téléphone, sans succès : à la maison, j’ai enfin réussi à m’endormir pour une longue sieste (je manque cruellement de sommeil depuis vendredi), téléphone sur silencieux. La sage-femme contacte donc Tobie, qui se trouve au travail. Il quitte aussitôt pour venir me voir à la maison. Arrivé chez nous, il entre dans la chambre et me dit : « lève-toi, on monte à Chicoutimi ! ». Moi, à moitié endormie, le gronde parce qu’il a laissé ses bottes de travail pour entrer alors que j’ai nettoyé la maison l’avant-midi même ! Oups… hihi. Il s’en fiche et s’empresse de se répéter. Je sens l’urgence dans sa voix mais ne comprends pas son empressement. Je lui dis que non, je ne suis pas en train d’accoucher, je n’ai aucune contraction. Il insiste et moi aussi (quelles têtes de cochon ces deux-là !) : je vais bien, pourquoi me fait-il cette « blague » ? Quelques larmes – de peur, d’énervement, d’angoisse ? – perlent de ses yeux, je réalise soudain qu’il ne blague pas et qu’il y a vraiment urgence. Je vois les appels en absence sur mon téléphone… Il m’explique l’appel avec la sage-femme entre sa douche, la préparation d’un lunch pour la route, le placement du stock dans l’auto. On file car on a des examens supplémentaires, urgents, à faire à Chicoutimi. Nous en avons pour 2h de route… Encore quelques heures de stress donc mais de soulagement à chaque mouvement de bébé. Heureusement, c’est une petite crevette vigoureuse que j’ai dans ma bedaine et qui sait se manifester aisément ! Nous arrivons à l’hôpital vers 20 heures où la gynécologue de garde nous accueille. En chemin, je l’ai eue au téléphone. Elle a pu me poser ses questions et mes réponses n’ont fait que la conforter dans son doute sur mon cas : j’ai très certainement une cholestase de grossesse, ne reste qu’à la confirmer avec les examens sanguins et à connaitre son niveau de gravité ! En une heure, les résultats tombent : mon taux de sels biliaires est à 102… à 10, c’est déjà élevé nous dit-elle! Nouveau moment de panique… On accuse la nouvelle même si on s’en doutait depuis la veille. La gynécologue nous propose de déclencher l’accouchement le lendemain matin. Mhmm… « Est-on obligés d’attendre demain ? », demandais-je. Même si je souhaitais accoucher en maison de naissance, en compagnie de ma sage-femme et que ça va être un gros deuil à faire, la médecin est de garde toute la nuit, le contact avec elle est bon, on est en confiance avec elle et les infirmières de nuit. De plus, nous sommes tellement inquiets pour bébé que nous ne dormirons probablement pas de la nuit… La gynécologue est hésitante. Elle ne semble pas très motivée à l’idée de ce déclenchement de nuit mais j’insiste ! Je sais que la pénombre sera de mon côté pour m’aider à être dans mon cocon et créer de l’ocytocine naturellement. Il y aura peu de circulation et de bruit sur l’étage, une équipe pour moi seule plutôt que devoir la partager avec les trois autres déclenchements déjà prévus le mardi matin… Il n’y a pas photo, je veux être déclenchée dès que possible ! Je ne veux plus angoisser ainsi des heures et des heures. Le stress n’est bon ni pour moi, ni pour le bébé. Elle accepte, finalement, de me déclencher à condition que mon col soit assez dilaté. On me met sous soluté et monitoring pour surveiller le cœur de bébé. Du Benadryl m’est administré pour calmer les démangeaisons et me permettre de dormir un peu avant le moment fatidique ! Avant même que tout le produit soit injecté, je m’endors pour un bon deux heures. Vers 23h30, on vérifie mon col qui est à deux centimètres de dilatation. On peut donc m’injecter l’ocytocine de synthèse afin de déclencher les contractions sans faire de stripping puisque la dilatation a déjà commencé. A 1h25, je me réveille et me rends compte que je perds les eaux. On appelle l’infirmière qui confirme, le travail a commencé. Très vite, les contractions se font sentir et me semblent douloureuses et (trop) rapprochées. Je ne m’attendais pas à cela ! J’ai beaucoup lu sur la latence et je redoutais un accouchement long… Et bien, j’ai été servie en termes de rapidité ! J’ai l’impression de n’avoir que quelques secondes de break entre chacune d’elles… En réalité, le temps file à toute vitesse et je n’ai pas une bonne notion du temps. Yeux fermés le plus possible, je suis peut-être bien plus dans mon cerveau mammifère que ce dont je m’en pensais capable. Voyant que c’est déjà bien intense et douloureux, je demande à l’infirmière si c’est possible de prendre un bain. Dans la demie heure qui suit, je m’y plonge mais suis vraiment inconfortable, peu importe la position ! Je change de place à chaque contraction : à genou, assise, couchée, accroupie, debout… Rien n’y fait, je ne me sens pas soulagée. Je perds mon bouchon muqueux dans le bain. Une demie heure après m’y être plongée, j’en sors, un peu découragée à l’idée de trouver une position qui me soulagerait mieux que tout ce que j’ai tenté jusque-là. Le trajet entre la chambre et la baignoire (dans une autre pièce que celle où il est prévu que j’accouche, un peu plus loin, dans le couloir), tout comme à l’aller, me semble interminable. Vais-je réussir à faire ces quelques pas sans qu’une contraction me cloue sur place et que je me mette à faire mes bruits sourds, en plein milieu du couloir, pour la calmer ? Il y a pas mal de moments flous, j’ai des absences, des trous noirs que Tobie est capable de combler pour moi. Il a d’ailleurs corrigé quelques parties de mon récit pour lesquels j’étais à côté de la plaque ! Arrivés dans la chambre, on vérifie la dilatation de mon col : il est à 8 cm ! Le bain, la marche, les changements de positions sont très efficaces ! Ça va aller vite cette histoire… Je me rappelle – ou est-ce la photo souvenir qui me l’indique ? (à défaut d’une photographe professionnelle, j’avais demandé à une infirmière d’immortaliser certains moments pour pouvoir revivre cet accouchement quand bon me semblerait) – la gynécologue appliquant des compresses sur mes parties intimes, entre les contractions, pour me soulager comme je l’avais suggéré dans le plan de naissance. L’équipe médicale s’occupant de nous l’avait consulté et elle a tout fait pour se rapprocher le plus possible de nos souhaits, malgré le fait qu’on était loin de l’accouchement espéré. Je désirais un enfantement physiologique à la maison de naissance, sans aide « artificielle », en favorisant les changements de postures pour aider bébé à se frayer un chemin, guidée par ma sage-femme, en confiance, tranquillement… Finalement, bébé a été « poussé » dehors et brusqué par le déclenchement. L’accouchement a été très rapide : environ 4h entre la perte des eaux et sa naissance ! Pour plusieurs contractions, je me sers de la barre de suspension, installée au pied du lit, pour me suspendre par les mains et me positionner bien accroupie, proche du sol. Tobie me fait remarquer (je n’en ai pas le souvenir !) qu’il a servi de « barre de suspension » à plusieurs reprises. Il a constaté que, lors des moments où lui et moi étions très proches, qu’il faisait des sons avec moi, j’étais en plein dans mon cerveau mammifère. Il me voyait clairement « partir », comme lorsque nous étions seuls, dans la pénombre, au moment du bain. Quelque chose qui me soulage beaucoup pendant les contractions, c’est quand je perds du liquide amniotique. Cela arrive quelques fois, après la première perte dans le lit et c’est une bénédiction ! J’attends impatiemment ce filet d’eau chaude qui glisse entre mes cuisses et me fait tellement de bien. Cela n’arrive pas à chaque contraction. J’aurais aimé avoir la capacité de réclamer une débarbouillette d’eau chaude mais je n’étais visiblement pas toute là pour le faire ! Il me semble avoir réclamé des choses mais je le faisais apparemment uniquement dans ma tête. Comme quand j’ai pensé si fooooort à la péridurale que j’ai cru l’avoir réclamée… mais Tobie m’a confirmé que non, je n’en ai pas parlé. Finalement, je suis très fière de ce que j’ai été capable d’accomplir dans ces circonstances ! J’ai, au bout d’un moment, la sensation d’être en train d’aller à selle. A chaque poussée, je dis à Tobie « je fais caca !! », gênée, voulant qu’on me l’enlève et que ça ne traine pas aux yeux de « tous ». Mais, non, il n’y a rien. Est-ce cela, la poussée réflexe (j’avais l’intention de l’attendre et de ne pas pousser avant de la ressentir) ? Je ne suis pas certaine. En tout cas, bébé pousse clairement pour sortir ! Finalement, épuisée des changements de positions et ne tenant plus sur mes jambes, je m’installe sur le lit. Je cherche une position confortable ou semblant aider la descente. Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est (je ne regarde pas l’horloge qui se trouve au mur, pour rester dans cet intemporalité) ni depuis quand je suis dans cet état. La gynécologue apparait dans la pièce sans que je l’ai entendue entrer. Cela signifie-t-il que la délivrance est proche ? Je ne sais quand exactement mais je commence par pousser. À quatre pattes d’abord, sur le lit, mais je ne peux pas tenir cette position très longtemps car je suis épuisée. Mes bras ne me portent plus. Je voudrais me mettre encore debout, accroupi, l’aider à descendre… mais j’ai le sentiment de ne plus avoir assez d’énergie en stock pour autre chose que pousser. C’est toute une épreuve ! Chacune des poussées me semble être la dernière que je suis capable de donner. Mais non, je trouve l’énergie pour une suivante puis une autre encore, etc. Le soutien moral et physique de Tobie est précieux, tout au long du travail. Je le regarde peu mais je sens sa présence, ses mains chaudes et réconfortantes sur moi. Il m’encourage, me soutient physiquement, fait pression sur les points d’acupression recommandés quand l’infirmière ne s’en occupe pas, fait des sons graves avec moi et me remet sur la bonne voie quand je pars un peu trop dans les aigus. Je le mords sans m’en rendre compte… suffisamment fort pour qu’il n’ait pas envie que je recommence ! Il me met donc une débarbouillette dans la bouche. Je crois d’abord qu’il veut ainsi calmer mes cris, mes rugissements. Mais c’est simplement pour ne pas finir avec le corps lacéré ! Ahah ! Ce travail s’accompli clairement en équipe. C’est une bénédiction et, à mon sens, et indispensable d’avoir une aide, le soutien d’un.e proche (que ce soit le.la partenaire de vie, un.e membre de la famille ou une autre personne de confiance). Cinq heures du matin, la naissance est proche… Après avoir demandé à la gynécologue comment elle peut m’aider (car je n’en peux plus de sentir la petite descendre et remonter sans cesse), après avoir touché sa tête à plusieurs reprises en me demandant quand elle arriverait à se décoincer de là, la gynécologue tente de glisser ses doigts autour de sa tête mais cela me fait bien trop mal et je la somme d’arrêter immédiatement. Quelques poussées après, alors que j’appelle mon enfant, que je lui dis qu’on est prêts à l’accueillir, que je pousse sur mes hanches, vers mes pieds, dans une tentative « désespérée » de l’aider à sortir… je demande à la gynécologue de faire ce qu’il faut pour arrêter cela car j’ai trop mal. C’est là qu’elle me propose de faire une épisiotomie. Sur le coup, je dis oui, sans réfléchir. Je souffre, je veux que ça s’arrête… Je m’en veux depuis. En fait, avec le temps, j’en veux surtout à la gynécologue de ne pas m’avoir encouragée plus, soutenue au maximum, confirmé que bébé s’en venait d’une seconde à l’autre et dit que j’étais capable d’y arriver… Ce que la sage-femme aurait probablement fait ! Je me rappelle que la piqûre a été douloureuse et Tobie me dit que j’ai poussé un cri au moment de la coupure…Elle a été réalisée vite, au tout début d’une contraction… la dernière ! Tobie pense d’ailleurs (et j’y crois aussi) que, sans l’épisiotomie, notre fille serait sortie à ce moment-là pareil, avec peut-être une déchirure naturelle. Notre fille a glissé comme dans du beurre, à 5h18, projetée hors de mon corps, pour atterrir dans les bras de la gynécologue ! Elle s’est présentée en postérieur, son petit nez pointant vers le ciel. Quel soulagement de la sentir ainsi se faufiler, avec le reste du liquide amniotique… Je savoure ce moment de soulagement, yeux fermés… La médecin me dit : « prends-là, elle est là ! ». Tobie et elle l’ont réceptionnées et me la tendent. Je suis sur une autre planète, ahurie. On la pose sur mon ventre… et elle fait un beau premier caca goudronneux dans nos mains et sur mon ventre ! J’ai les yeux écarquillés, quelle surprise de découvrir enfin ce petit être qu’on a conçu et que j’ai porté neuf mois durant… Je me rappelle la grosseur du cordon, bien plus large que ce à quoi je m’attendais. Cela ne fait que deux minutes que la petite est sortie qu’on nous propose de le couper (malgré notre demande, dans le plan de naissance, d’attendre la fin du transfert de sang complet). La gynécologue nous dit qu’il est court et que cela l’empêche de placer bébé aussi haut sur ma poitrine qu’il le faudrait. J’ai la sensation (ou est-ce parce qu’elle l’a dit ?) qu’en effet, cela tire sur le placenta qui est encore à l’intérieur de mon ventre. Tobie coupe le lien qui m’uni encore à notre fille et elle est placée « correctement » sur moi. Je suis toujours dans un autre monde. Les souvenirs sont flous, confus, tout va très vite. Je me rappelle la gynécologue dire que le placenta ne sort pas. Elle se lance dans un massage de l’utérus afin de le faire sortir. J’ai si mal ! Vivement que ça s’arrête… Lorsque le placenta sort enfin, c’est une délivrance, un vrai plaisir, pour la deuxième fois de la matinée. Quel soulagement ! Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Il lui faut me recoudre une petite déchirure et l’épisiotomie. Deux et trois points de suture rapides mais je la sens faire ses manipulations ! Je m’exclame : « Hey, c’est mon clitoris ça !! » Tobie est extrêmement surpris de voir à quel point je peux sentir ce qu’il se passe. Elle est effectivement en train de recoudre une déchirure juste sous celui-ci. J’ai d’autres petites déchirures minimes qui n’ont pas besoin d’être recousues. S’ensuit une hémorragie…Ou bien elle m’a recousu après avoir vérifié mon intérieur ? Ça serait plus logique… Tobie et moi ne sommes plus capables de conter la bonne chronologie des évènements à partir de là, nous étions bien trop occupés à admirer notre merveille et essuyer la poussière dans nos yeux ! Quoi qu’il en soit, après la délivrance du placenta, il a faut que la médecin aille voir dans mon corps s’il reste des morceaux de placenta et trouver l’origine de l’hémorragie…Beurk ! Je la sens chipoter à l’intérieur de moi. Je ne réalise pas sur le moment mais elle y a la main au complet ! Quand j’y repense, ça me donne des frissons et j’ai l’impression de sentir à nouveau sa main toucher les parois intérieures de mon ventre. J’ai hâte que ces souvenirs et sensations disparaissent de ma mémoire ! On me donne des médicaments qui doivent se dissoudre sous la langue pour calmer l’hémorragie. Ils ne se dissolvent pas… j’ai la bouche bien trop sèche ! Je n’ai pas pensé réclamer à boire mais Tobie m’a hydratée plusieurs fois pendant le travail. Je n’ai pas non plus pensé une seule fois aller à la salle de bain (grosse erreur !). Ma bouche est si sèche. Je finis par avaler les médicaments avec de l’eau. Je tremble… vraiment fort et de tout mon corps ! C’en est douloureux. C’est un des effets secondaires des médicaments. C’est vraiment désagréable. L’infirmière me dit de ne pas lutter ou d’essayer de les contrôler, que ça sera pire. J’ai si froid. On me couvre de couvertures chaudes. Tobie s’occupe de la petite : peau à peau entre père et fille, c’est beau ! Après ce qui me semble une éternité, les tremblements s’arrêtent et je m’endors enfin, épuisée. Les deux jours à l’hôpital ont aussi quelques moments de flou. Je n’entends pas toujours tous les conseils des médecins et infirmières ou en tout cas ai du mal à les retenir. Je dois me tourner beaucoup vers Tobie lorsqu’on me pose des questions afin qu’il m’aide à y répondre. Il s’occupe de gérer mes prises de médicaments car je n’ai pas de notion du temps et n’ai pas la tête à réfléchir à quoi que ce soit. Je saigne pas mal à chaque fois que je me redresse dans le lit, que je m’assieds ou qu’on me demande de changer de position pour un examen. Vivement que ça se calme car c’est impressionnant de perdre autant de sang ! Je suis toujours sous soluté afin de compenser la perte de sang. Je n’ai aucune idée de quand j’ai été à la salle de bain pour la dernière fois… Cela semble faire une éternité ! Je ne ressens pas le besoin de faire pipi donc ne me lève jamais pour y aller malgré que je boive pas mal d’eau… On constate que ma vessie est plus que pleine et qu’il faut impérativement la vider. Impossible seule… on me pose donc une sonde urinaire. On y enlève 900 ml d’urine d’un coup ! Ma vessie prenant toute la place, mon utérus était « coincé » sur la gauche et ne pouvait pas reprendre sa place centrale dans mon ventre. Je garde la sonde urinaire jusqu’au lendemain de l’accouchement. Finalement, étant donné que je suis à nouveau capable de vider ma vessie seule, que l’hémorragie est contrôlée et que la petite va bien, nous avons le feu vert pour rentrer chez nous, mercredi après-midi (premier septembre). C’est pendant les deux heures de trajet qui nous séparent de la maison, que nous décidons du prénom que nous allons lui donner : cette belle fleur s’appellera Rose Mary Poupart Midré. Je relis ce texte, plusieurs années après l’avoir rédigé… et j’y ajouterais ceci : J’avais extrêmement mal au coccyx, après l’accouchement. Je m’en suis plaint tout le long du séjour à l’hôpital, à différents professionnels croisés. Le personnel soignant ne s’en est pas préoccupé, disant que je venais d’accoucher et qu’il était normal que j’aie mal au corps. Il a fallu attendre mon passage en clinique d’allaitement, la semaine suivant la naissance de notre fille, pour que la consultante en lactation, me voyant marcher, m’interroge sur cette « démarche de grand-mère » et me signifie que j’avais probablement le coccyx déplacé ! Elle avait raison… Je ne savais pas qu’il était possible de se déplacer le coccyx en accouchant mais il faut croire que oui ! Il me faudra environ six mois et plusieurs traitements en ostéopathie, chiropratique et physiothérapie périnéale (traitements externes et internes !) pour retrouver une démarche naturelle, et atténuer suffisamment la douleur pour pouvoir m’asseoir sans coussin sous les fesses et être confortable pendant l’allaitement. Et, en parlant d’allaitement, il a été tout un défi les trois premiers mois de vie de Rose pour toute sorte de raisons (frein de langue court, vasospasme, le déplacement du coccyx qui faisait qu’aucune position ne m’était confortable, muguet…) mais a duré 17 beaux mois, au final. La clinique d’allaitement m’a été d’une aide précieuse pour passer au travers les défis des premières semaines. Le soutien est indispensable, dans les moments de doutes et de découragement, pour continuer le projet, quand il n’est pas simple dès le départ. À ce jour, je travaille dans cet organisme d’aide en allaitement qui m’a soutenue à l’époque, afin de préparer et soutenir les jeunes familles de ma région au mieux, dans cette aventure de la parentalité. Je fais partie du village si utile et précieux qu’ils peuvent solliciter quand ils en ont besoin et ça me rend fière ! Marine Midré
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Publication du récit

17 juin 2026

Année d'accouchement(s)

2021

Citation

Midré, M. (2026, 18 juin). La naissance d’une fleur. Du cœur au ventre - Mouvement pour l'autonomie dans l'enfantement. https://enfantement.org/ducoeurauventre/recits/la-naissance-dune-fleur/

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