Le 4 juillet 2021, à 22 h, mes priorités et mes objectifs du moment basculent avec un simple écran numérique : « enceinte +3 semaines ». Figée, le cerveau en mode tempête, je me demande « Suis-je prête à être mère? » et, surtout, « Mais comment vais-je réussir à faire sortir un bébé de là? ».
Il est vrai que la société nous enseigne souvent que la douleur est notre ennemie. Depuis l’enfance, j’ai baigné dans le discours selon lequel l’accouchement est la pire douleur au monde et que les hommes n’y survivraient pas. Sans compter les nombreuses interprétations à la télé où l’on voit la femme, au bord de l’agonie, maudire son partenaire. Alors, forcément, quand j’ai appris la nouvelle, tandis que mon conjoint se préoccupait de la logistique, la date d’accouchement résonnait comme un compte à rebours paniquant pour moi.
Mais tout ce stress n’a duré que quelques instants. Une certitude s’est imposée à moi : j’avais été choisie par cette âme pour être mère et je voulais tout faire pour que mon bébé soit bien dans mon ventre et que son passage à la vie soit le plus doux possible. Surtout, je savais qu’il était possible de vivre l’accouchement autrement.
Le choix d’un enfantement conscient
J’avais toujours trouvé fascinante l’idée d’accoucher autrement. Je me souvenais d’une vidéo YouTube où une femme mettait au monde son bébé, accroupie, sans cris, avec une sérénité désarmante. Elle semblait en état d’hypnose entre deux mondes. Son calme et l’intimité du moment avaient bouleversé ma conception de la naissance.
Alors que nous n’avions pas du tout planifié l’arrivée d’un enfant, mon conjoint et moi étions engagés depuis un an dans une alimentation saine, faite maison, avec jeûne intermittent, activité physique, soins naturels… Dans cette continuité, l’idée d’un accouchement en maison de naissance s’est imposée comme une évidence. Donner naissance dans un lieu célébrant la vie, loin du ballet des néons et des moniteurs hospitaliers, me paraissait un choix plus aligné avec mes convictions profondes.
J’ai donc entrepris un marathon de préparation à l’accouchement, à la fois physique, mais surtout mentale, cherchant à transformer la peur de la douleur en confiance en mon corps. Hypnose, sophrologie, kinésiologie, ostéopathie, reiki, naturopathie, coaching et j’en oublie; étant une grande admiratrice de la santé holistique et alternative, j’ai tout testé!
Le grand jour
Le 20 février 2022, à 3 h, une douleur au bassin me tire du sommeil. Cette fois, elle est plus intense que d’habitude, comme si sa tête était mal positionnée. J’essaie de changer de position et de me rendormir. Échec. J’essaie de m’asseoir. Impossible. Je finis par me faire couler un bain chaud. Mais dès que je sors de l’eau, la douleur se fait sentir.
Vers 6 h, mon conjoint se réveille et je lui dis : « Je crois que ta fille est prête à sortir. » Je préviens la sage-femme de la douleur et d’un léger saignement. En raccrochant, je ressens la toute première contraction.
À 11 h 30, nous arrivons à la maison de naissance; mon col est dilaté à 2 cm, avec des contractions irrégulières. Tout va bien, ce n’est que le début, bébé devrait montrer le bout de son nez ce soir ou demain.
Nous repartons à la maison, deuxième bain chaud pour moi, et là, le travail s’intensifie. Tandis que mon conjoint applique les pressions apprises en haptonomie pour soulager la douleur, il compte les intervalles entre les contractions. Rien d’insurmontable jusqu’à maintenant, je me laisse vite guider par mon corps et mon intuition. L’eau est mon sanctuaire.
Plongée dans la naissance
À 15 h 30, les contractions étant régulières, nous sommes de retour à la maison de naissance. Je suis dilatée à 3,5 cm. On m’installe dans la chambre que j’ai choisie au préalable et je me glisse dans le bain chaud tout de suite. Lumière tamisée, bougies, ma liste de lecture et mon conjoint à mes côtés.
Le temps devient flou. Entre chaque contraction, je somnole, au point que mon conjoint veille à ce que ma tête ne s’immerge pas complètement.
Puis, une envie irrépressible de pousser s’impose. Je suis surprise, c’est plus fort que moi, mon corps veut expulser mon bébé. Mais je ne suis pas sûre que ça soit le bon moment, alors je résiste. J’en parle à la sage-femme, qui, elle-même surprise, me dit que c’est encore trop tôt, mais que l’on peut vérifier. C’est mon premier enfant et on s’attend à ce que le travail soit long. Mais mon corps sait. À l’examen, la sage-femme confirme : « Il n’y a plus de col. Vas-y, accompagne ton bébé. »
Alors, à chaque contraction, je lâche prise, je souffle profondément, laissant mon corps œuvrer. Après trois, quatre poussées, la voix de Johnny Clegg résonne dans la pièce : « Asimbonanga. » Maë est née.
Mon bébé dans mes bras, je me sens encore dans un état second. Je peine à sortir de ma relaxation, je ne réalise pas et, en même temps, je ressens une immense fierté. Dans ma tête, je me dis : « Déjà! Tout ça pour ça. » Sans péridurale, sans épisiotomie, sans déchirure. Juste ma confiance en mon corps de femme.
Que mes paroles ne soient pas mal interprétées : accoucher sans péridurale n’est pas un exploit et toute femme est puissante. Ma fierté venait du fait que j’avais su me faire confiance en dépit de l’avis de femmes et d’hommes.
J’ai vécu cet accouchement comme un retour à soi, une connexion à une puissance qui n’est pas intellectuelle. Je considère que la naissance de ma fille a été aussi ma renaissance, parce que j’ai réalisé que personne d’autre ne pouvait mieux connaître mon corps que moi-même. À présent, chaque jour, j’apprends à lâcher prise sur le mental pour laisser la place au corps.
Le 20 février 2022, dans l’eau, dans la douceur et la confiance, ma fille est née.