La marée monte
Dimanche 05 juin 2022, 2h30 am
Je me réveille avec la sensation d’un liquide chaud entre mes jambes. Je me lève. Il semblerait que la petite piscine où nage mon bébé depuis 39 semaines commence à se vider.
Mon conjoint, Quentin, appelle notre sage-femme, M. Elle nous conseille calmement de nous recoucher et de redonner des nouvelles au matin.
En allant à la toilette, je note qu’elle semble bouchée. Quentin m’assure que ça ira. Je tire la chasse. L’eau se met à monter et nous voilà en train d’écoper avec des pots de yogourt vides pour éviter l’inondation! Nous rions beaucoup de l’absurdité de la situation.
Je n’arrive pas à me rendormir, trop excitée. Je finis par me lever à 4h30 pour faire nos bagages. J’ai envie que tout soit prêt. Je ressens des crampes, semblables à de fortes crampes menstruelles.
Après avoir pris une douche et un bain, je me recouche pour les accueillir. À chacune, je visualise une vague qui arrive ainsi qu’une planche à voile qui surfe sur le sommet. Je me répète « Voici la vague, je la prends, on monte, on monte, je m’ouvre et ça redescend ». Plus les crampes sont fortes, plus la vague devient grande et balaie tout sur son passage. Je vois maintenant un petit voilier, voiles gonflées, surfant à vive allure. Je commence à minuter mes crampes qui semblent rapprochées.
Quentin prend le relai et constate, après 40 minutes, qu’elles surviennent effectivement aux 4 minutes et durent plus d’une minute. Il appelle donc M. qui propose de venir nous voir.
Je suis soulagée lorsqu’elle arrive. Toujours couchée dans mon lit, calme, je vais bien. Durant une crampe, j’ai besoin de fermer les yeux et respirer. M. propose de m’examiner, ce que j’accepte. Surprise générale, mon col est dilaté à 7 cm. C’est l’heure de partir à la maison de naissance. Durant tout ce temps, je me préparais à vivre les « Vraies » contractions. J’avais en tête l’image d’une douleur insupportable. Je me préparais tellement à une intensité qui fait perdre tout contrôle que je n’ai pas eu de difficulté à gérer cette progression. Je suis soulagée et confiante en me disant que je suis presque au sommet. C’est bon, je gère.
Le tour de l’île
11h40 am
Départ vers la maison de naissance. M. part d’abord pour préparer la chambre. Quentin roule doucement. Chaque virage, dos d’âne ou nid de poule provoque des contractions. On rigole, ayant un peu de mal à réaliser la situation. J’ai hâte d’arriver. Les contractions, désormais plus fortes, s’accompagnent d’une pression au niveau du coccyx.
Arrivés à une rue de la maison de naissance, on se heurte à un barrage policier. C’est le Tour de l’île à vélo. Quentin demande au policier par où passer. Il nous répond qu’il est impossible de passer avant 14h. La maison de naissance, telle une île au milieu d’un flot de cyclistes, est inaccessible. Quentin lui demande : « Elle doit accoucher sur le trottoir? ».
Il nous répond : « Essayez plus loin…mais ça ne passe pas »
Devant l’absurdité de cette réponse, je m’impatiente : « On va avoir besoin d’une réponse plus claire que ça! »
Alors que notre exaspération est à son comble, il accepte finalement de nous laisser passer. Enfin! On a réussi à stopper le Tour de l’Île!
M. est également bloquée par les vélos. Heureusement, une sage-femme sur place nous fait entrer. Aucune autre famille n’est présente aujourd’hui. Je gravis péniblement les escaliers qui me semblent interminables. Nous nous installons enfin dans la grande chambre avec un bain. Je vais pouvoir réaliser mon souhait de donner naissance dans l’eau. Une fois immergée, bien au chaud, j’arrive à me relaxer entre les contractions. Quentin me donne à boire et me pose une débarbouillette froide sur le front. Attentif, il alterne entre les encouragements doux et les moments de silence à mes côtés. Je suis dans ma bulle. Il est la présence rassurante et discrète dont j’ai besoin.
Nous sommes ensemble. J’accompagne les contractions de sons graves. Je me rappelle de détendre mes muscles, mon périnée (merci le yoga prénatal), ma mâchoire, et de m’ouvrir. M. arrive enfin, après avoir elle aussi bataillé avec les policiers. Elle m’examine : 9 cm, bébé bien bas. Elle comprime mon bassin pendant les contractions, un immense soulagement! Quentin essaie de l’imiter, mais sa technique est disons… à perfectionner pour la prochaine fois! Je réclame M. et il reprend plutôt son rôle de soutien paisible, me murmurant à l’oreille que je suis forte, que je gère super bien et qu’il m’aime.
M. me suggère de me rendre aux toilettes et d’y laisser passer 3 contractions pour faciliter la progression du travail. Aidée de Quentin, je m’y rends péniblement. De retour dans mon merveilleux bain, je demande à M : « Comment savoir quand pousser? » — « Tu veux pousser? » — « Oui, je crois. » — « Alors pousse. »
Le passage
À la contraction suivante, je tente une poussée (encore merci au yoga).
À ma grande surprise, je sens mon corps pousser de lui-même. Comme un spasme incontrôlable. Mon corps pousse et je sens mon bébé descendre. Je suis à quatre pattes. J’ai l’impression qu’il ne passera jamais à travers mon bassin. La pression est tellement forte que je me demande si mes os peuvent se briser. Je demeure confiante et je n’ai pas peur. Je commence à sentir la brûlure du couronnement. M. me dit de pousser doucement, mais la brûlure est si forte que j’ai envie d’accélérer. Elle me demande si je veux toucher mon bébé. Je tends ma main, mais entre mon ventre et les contractions, je ne sais plus ce que je touche : moi? mon bébé? le bain? Les sensations sont trop intenses, j’abandonne le projet. Une poussée et, soulagée, je sens la tête qui sort. Je demande à Quentin s’il veut accueillir notre bébé. Deux poussées et je sens glisser le corps tout entier. Je me retourne. Il pleure vigoureusement tandis que Quentin le met dans mes bras.
La rencontre
Il est 15h15. C’est tellement particulier comme rencontre. Le voir, le sentir, l’apprivoiser. On découvre que c’est un petit garçon! Je me sens un peu maladroite. C’est si petit et fragile. Il est couvert de vernix et plein de cheveux, avec un petit duvet sur le dos et les bras. Il semble minuscule et en même temps, lorsque je me rappelle qu’il était à l’intérieur de moi, je le trouve immense.
Je sors du bain avec mon bébé contre moi. On m’installe dans le lit pour la délivrance du placenta qui sort facilement. 45 minutes plus tard, nous coupons le cordon. Après le merveilleux plateau de fruits, le souper et un peu de repos, nous décidons de rentrer dormir chez nous. Je suis épuisée, mais sereine. Fière également! J’ai hâte d’être dans mon lit. Nous plions bagages et à 21h, nous sommes de retour chez nous pour commencer cette nouvelle aventure à trois.